Le Maroc sur la voie de la réforme politique

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Le Maroc devrait assurer une transition aisée et pacifique vers une monarchie démocratique en engageant des réformes politiques fondamentales pour donner un sens nouveau aux élections et aux fonctions parlementaires et gouvernementales.
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Le Maroc est dans l’attente de la réaction du roi Mohammed VI aux demandes des participants aux manifestations pacifiques du 20 février qui ont envahi plus de cinquante villes marocaines. Les mêmes revendications ont été avancées par un groupe de partis politiques qui ont publié des bulletins de solidarité et de soutien au mouvement du 20 février. De même, l’Association des Hommes d'Affaires Marocains a appelé, suite à ces événements, à accélérer le rythme des réformes politiques et économiques, à lutter contre la corruption et à renforcer l'indépendance du pouvoir judiciaire. Un large consensus semble exister au sein de la société marocaine quant à a nécessité de faire un bond en avant sur la scène politique et institutionnelle de manière calme et pacifique, pour répondre aux aspirations populaires en évitant au pays les erreurs qui ont conduit à la perte d'un grand nombre de vies dans les pays arabes voisins.
 
À l'exception de quelques informations non confirmées faisant état d’une série de réformes décrites comme “profondes” qui devraient être bientôt annoncées, l'attente demeure le maître mot. Les mesures annoncées à titre préventif à peine quelques jours avant l’échéance du 20 février par le gouvernement, que les manifestants ont appelé à démissionner, semblent quant à elles simplement destinées à jeter de la poudre aux yeux et ne marquent pas un tournant historique. Le gouvernement a ainsi décidé, d'une part, d’augmenter le budget alloué au soutien de la consommation des produits alimentaires de base et du carburant d'environ deux à quatre milliards de dollars, afin de suivre le rythme de la hausse des prix des produits subventionnés sur les marchés mondiaux. D'autre part, le gouvernement promet de créer de nouveaux postes au sein du secteur public, en vue d’assurer un emploi aux jeunes chômeurs diplômés de l’enseignement supérieur.
 
Mais non seulement ces actions ne répondent pas aux exigences fondamentales exprimées au cours des marches de protestation, leur effet est également très limité et peut être contre-productif et complètement inutile. En effet, les fonds de subvention aux biens de consommation de base comme la farine et le sucre finissent souvent dans les poches des intermédiaires, tels les meuniers et les boulangers, sans que leur effet ne soit ressenti par le consommateur. Il a également été constaté que certaines usines qui bénéficient du soutien apporté au sucre exportent leurs produits à l'étranger, privant ainsi les ménages marocains des avantages de la subvention. En outre, une étude officielle récente a montré que la part minime des subventions qui profite aux familles est principalement absorbée par les familles riches, surtout dans les villes, au détriment des familles nécessiteuses qui vivent pour 70% d'entre elles dans les zones rurales. En raison des multiples failles du système de soutien à la consommation au Maroc, le gouvernement n’a pas réussi à le réformer afin d’assurer un meilleur investissement des fonds publics. A titre de comparaison, le budget annuel de soutien à la consommation au Maroc au cours de ces dernières années correspond en moyenne à 15 fois le montant alloué à la lutte contre la pauvreté dans les zones marginalisées.
 
Par ailleurs, la création d’emploi dans le secteur public non compatibles avec les besoins du marché et ne tenant pas compte des qualifications et compétences des demandeurs d'emploi pourrait grever davantage le budget de l'Etat. Cela peut également induire en erreur les jeunes diplômés en leur faisant croire que l'Etat leur garantit un emploi, ce qui risque de les dissuader d’en rechercher un dans le secteur privé, et ainsi de les encourager à manifester et à organiser des sit-in afin de contraindre le gouvernement à tenir ses promesses.
 
En revanche, les revendications exprimées par les manifestants ont souligné la nécessité d'accélérer le processus de mise en place de réformes structurelles qui contribueraient à créer un environnement propice à l'investissement et l'emploi, ainsi qu’à une vie décente. Ces exigences peuvent être résumées comme suit: 
  • Procéder à des réformes constitutionnelles qui accorderaient de vastes pouvoirs au gouvernement et au parlement et confirmeraient le principe de la séparation des pouvoirs, au titre desquelles le Premier ministre assumera l’entière responsabilité pour les résultats de ses politiques et devra répondre de ses actes devant le Parlement.

  • Travailler avec la rigueur et le sérieux requis en vue de la réforme du système judiciaire et de la garantie de son indépendance, afin d'assurer la primauté du droit et l'application de la loi dans le respect de l'égalité entre tous les citoyens, indépendamment de leur situation financière ou de leur position dans la hiérarchie du pouvoir.

  • Lutter contre toutes les formes de corruption et de versement de pots-de-vin, en renforçant les organismes de contrôle et en mettant fin à l'impunité et à l’absence de responsabilisation. Cela nécessite un suivi sérieux des rapports de la Cour des comptes, en plus de la promotion du rôle des organismes de prévention de la corruption sur les plans juridique et financier pour leur permettre de jouer efficacement leur rôle. 
Le Maroc a connu l’expérience de l’Instance Equité et Réconciliation mise en place par le roi Mohammed VI, afin d’enquêter sur les excès et les abus pratiqués par le régime à l’encontre des citoyens au cours des dernières décennies. Des séances visant à écouter les doléances des victimes ont été organisées, aux fins desquelles l'Etat a alloué des ressources financières, en vue de compenser une partie des dommages subis. Cela dit, le Maroc avancera-t-il à pas constants dans son ascension sur la voie de la démocratie, à travers l'annonce de réformes politiques essentielles susceptibles de donner un nouveau souffle à l’action des partis et un véritable sens aux élections et au travail parlementaire et gouvernemental?
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Source: http://carnegie-mec.org/2011/03/09/le-maroc-sur-la-voie-de-la-réforme-politique/b77u

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