L'économie marocaine : conjoncture difficile et budget peu convaincant

Source: Getty
Commentaires/Articles Les Echos
Sommaire
Depuis quelques jours, la loi de finances pour l'année en cours a été approuvée après trois mois de débats houleux entre le gouvernement et les deux chambres du parlement, sur fond d’une situation économique difficile à la fois sur le plan national et international.
Media et outils en lien
 

Le prix moyen du pétrole a dépassé cent dollars le baril au cours des premiers mois de l’année. Or, le Maroc importe plus de 95 pour cent de sa consommation de pétrole. En outre, la récession de l'économie européenne génère des effets négatifs sur les secteurs dirigés vers l’exportation, sur le tourisme et les envois de fonds de plus de 3 millions de Marocains résidant en Europe. La baisse des récoltes due à précipitations irrégulières a aggravé davantage les conditions de vie déjà difficiles des familles marocaines dont le revenu dépend directement ou indirectement du secteur agricole. L'économie du pays devrait connaître un ralentissement de la croissance qui s'établirait à environ 2,5 pour cent cette année.

Dans ce contexte, il est possible d’affirmer sans risque que le budget de 2012 n’imprime aucun nouvel élan à la politique gouvernemental, suite à la révision de la constitution de 2011 imposée par l’effet du printemps arabe. Contrairement aux attentes, l’inertie et la statuquo ont marqué la version finale du budget, en dépit de la symbolique que revêt la hausse des taux d'imposition infligée par le Parti de la Justice et du Développement d’obédience islamique, qui dirige le gouvernement, sur le tabac et les boissons alcoolisées. Toutefois, en l'absence d’une étude détaillée d’impact, il est incertain si une telle hausse conduirait à augmenter les recettes fiscales, réduire la consommation, ou stimuler la contrebande et les marchés parallèles des produits surtaxés.

Une montée de la tension sociale dans les mois à venir n’est pas à écarter, compte tenu de l’incapacité du gouvernement à convaincre de sa détermination à combattre la corruption et l’économie de rente et la détérioration d’un ensemble d’indicateurs financiers, économiques et sociaux.
Tout d'abord, le nombre de chômeurs a augmenté de 93.000 personnes au cours du premier trimestre de l’année en cours. Le taux de chômage se situe aujourd’hui à 14,4 pour cent dans les zones urbaines, contre 13,3 pour cent un an auparavant. De plus, le gouvernement est toujours en désaccord avec les représentants des chômeurs diplômés sur les modalités de leur recrutement dans le secteur public.

Deuxièmement, la marge de manœuvre du budget de l’Etat risque de se rétrécir fortement en raison de l’explosion des dépenses courantes. En effet, au cours des quatre premiers mois de l’année, plus de la moitié du montant alloué à la subvention des prix du carburant en 2012 a été déjà consommée. Le gouvernement continue d’hésiter à réformer la caisse de compensation pour passer d’un système de subvention généralisée vers un système ciblé qui permet de mieux canaliser le soutien de l’Etat vers les couches sociales défavorisées.

Troisièmement, il est fort probable que le gouvernement procède à la compression des dépenses d'investissement afin de réduire le déficit budgétaire qui a dépassé 7 pour cent du PIB au cours en2011. Au cours des quatre mois de l'année en cours, l’Etat n’a dépensé que 18 pour cent du budget d'investissement prévu pour l’année 2012. Or, toute réduction des investissements publics, outre son impact négatif sur la croissance économique, remettrait en cause les engagements des partis au gouvernement qui avaient promis de renforcer l'infrastructure, l'éducation et la santé, et d’améliorer les indicateurs de développement humain du Maroc.

Quatrièmement, les indicateurs d'investissements privés affichent à leur tour une tendance à la baisse. Le volume des crédits à l'investissement a connu une diminution au cours des premiers mois de l’année, contre une hausse du montant des créances douteuses, ce qui traduit un déficit de liquidités dans de nombreuses entreprises. Certaines d’entre elles sont aujourd’hui dans l’incapacité d’honorer leurs engagements. Le Conseil de la Banque centrale (Bank Al Maghrib) a opéré une baisse du taux d'intérêt directeur de 25 points de base (de 3,25 à 3 pour cent), au cours de sa dernière réunion tenue fin mars. Une telle mesure, bien qu’importante, risque d’avoir un faible impact compte tenu de la baisse d'activité économique et de la montée des doutes sur les perspectives d’avenir. Cette perte de confiance est peut-être ce qui explique la chute de l’indice du marché boursier de Casablanca de 11 pour cent depuis le début de l'année et le recul de 50 pour cent de son volume des transactions.

Cinquièmement, le Maroc enregistre un grave déficit dans ses échanges commerciaux avec l’étranger, si bien que ses exportations couvrent à peine la moitié de ses importations. Cette situation reflète la faible compétitivité de la production marocaine et l’échec des politiques adoptées par le gouvernement pour promouvoir le secteur industriel local et la diversification des marchés. Si le Maroc a été en mesure de couvrir son déficit commercial croissant, c’était uniquement grâce aux recettes touristiques et aux transferts de fonds par les émigrés. Toutefois, les deux sources, tendent à s’essouffler au moment où le coût des importations ne cesse d’augmenter. Aujourd’hui, les réserves de change de la Banque centrale ont perdu près de 20 pour cent de leur valeur et ne sont plus en mesure de couvrir que quatre mois d'importations.

Si les contraintes conjoncturelles ont pesé sur la préparation de la loi de finances pour cette année, ceci ne devrait pas occulter que Maroc souffre de déséquilibres structurels qui requirent un contrat social rénové et crédible qui assure une stabilité sociale et un certain équilibre entre les demandes pressantes et les objectifs de développement à plus long terme. Il appartient au gouvernement actuel d’user de la crédibilité dont il jouit encore aujourd’hui pour mettre en œuvre une vrai politique de transition de l’économie de la rente et des privilèges à une économie basée sur l'investissement productif, la concurrence et le mérite. Un tel choix nécessite un engagement ferme dans la traduction des dispositions de la nouvelle Constitution dans faits et le recherche, au-delà des clivages politique, l'intérêt du pays. L’essentiel étant d'éviter de continuer à faire de belles promesses qui créent beaucoup d'espoir et risquent de conduire vers la frustration.

Cet article a été originellement publié dans Les Echos.

End of document
 
Source: http://carnegie-mec.org/2012/05/29/l-économie-marocaine-conjoncture-difficile-et-budget-peu-convaincant/b9f4

Restez informés

Enregistrez-vous pour recevoir la dernière analyse de Carnegie dans votre boîte mail! Les champs marqués par une astérisque (*) doivent obligatoirement être remplis.

Informations personnelles
 
 
Carnegie Middle East Center
 
Emir Bechir Street, Lazarieh Tower Bldg. No. 2026 1210, 5th flr. Downtown Beirut, P.O.Box 11-1061 Riad El Solh, Lebanon
Téléphone: +961 1 99 12 91 Fax: +961 1 99 15 91
Please note...

You are leaving the Carnegie–Tsinghua Center for Global Policy's website and entering another Carnegie global site.

请注意...

你将离开清华—卡内基中心网站,进入卡内基其他全球中心的网站。