La crise du tourisme en Tunisie va au-delà des questions de sécurité

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Le nombre de touristes qui a visité la Tunisie en 2011 ne dépasse pas trois millions, une grande baisse des années plus tôt. Le gouvernement doit s'occuper de cette crise pour sauver un secteur crucial de l'économie Tunisienne.
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Le nombre de touristes qui a visité la Tunisie en 2011 ne dépasse pas trois millions. Cela contraste avec les sept millions de visiteurs qui affluaient dans le pays au cours de chacune des trois années précédant la révolution.

Alors que des signes de reprise se profilaient à l’horizon au cours des premiers mois de l’année en cours avec la hausse du nombre de touristes étrangers en Tunisie et les premiers effets de la campagne promotionnelle "Tous les rêves sont possibles" du Ministère du Tourisme, le doute a de nouveau commencé à planer après plusieurs incidents de sécurité. Ces incidents ont d’ailleurs poussé le gouvernement à imposer un couvre-feu dans la capitale et un certain nombre de grandes villes.

Il est peut-être trop tôt d’évaluer avec précision l’impact potentiel de la détérioration de la situation sécuritaire sur le secteur touristique. Les informations disponibles révèlent, néanmoins,  une montée de tension parmi les touristes qui avaient l'intention de passer leurs vacances en Tunisie. Certains auraient même annulé leurs réservations et opté pour des destinations plus sûres.

Le tourisme est un secteur d'une importance stratégique pour la Tunisie; il représente sept pour cent du PIB du pays et crée environ 400.000 emplois directs dans l'économie. Étant donné les liens étroits entre le tourisme et les autres activités économiques, tels que le commerce, l'artisanat et le transport ; la baisse du nombre de touristes affecte négativement les revenus de ces autres secteurs et menace leurs emplois.

Même si une amélioration de la situation sécuritaire du pays reste une condition sine qua non pour que le secteur du tourisme se remette de son marasme, une telle amélioration n'est en aucun cas suffisante. La crise du tourisme s’est aggravée après la révolution, mais les problèmes du secteur sont de nature structurelle et profondément enracinés dans les politiques d'investissement en vigueur sous le régime de Ben Ali.

Le secteur touristique en Tunisie a souffert de sa focalisation sur un produit balnéaire de masse caractérisé par sa très forte concentration géographique, sa faible profitabilité, sa volatilité et sa dépendant excessive du seul marché européen. Il a été aussi handicapé par son invasion par les proches du régime en quête des faveurs et des privilèges, notamment l’accès aux terrains et au crédit bancaire bon marché. Les professionnels du secteur quant à eux ont du faire face aux comportements discrétionnaires et aux décisions arbitraires des autorités de régulation du secteur en matière de classement des unités d’hébergement, d’octroi de licences de débit d’alcool ou encore d’ouverture de discothèques.

D’ailleurs, au-delà de l’effet conjoncturel de la révolution du Jasmin sur les flux touristiques, le tourisme tunisien était déjà en difficultés depuis plusieurs années. Sur la dernière décennie, la Tunisie est le pays de la rive sud de la méditerrané qui a connu la plus faible croissance du nombre d’arrivées internationales et c’est aussi le pays où la dépense moyenne des touristes internationaux est la plus faible. Les données de l'Organisation mondiale du tourisme (OMT) montrent que la dépense moyenne par touriste en séjour en Tunisie ne dépasse pas USD385 contre USD725 au Maroc, USD770 en Turquie, USD890 en Egypte et USD 1000 en Grèce.

Au cours de la décennie qui a précédé la Révolution du Jasmin, le nombre de touristes qui séjournent chaque année en Tunisie est passé de 5 à 7 millions, tandis que ce nombre est passé de moins de cinq millions à plus de neuf millions au Maroc. Pendant la même période, l’effectif des touristes à destination de la Turquie a doublé et celui à destination de l’Egypte a été multiplié par 2,5.

S’il est vrai que la reprise du tourisme en Tunisie reste tributaire de la situation sécuritaire, le développement de ce secteur et sa capacité de contribuer à la croissance économique et à la création des emplois nécessitent un changement profond de la stratégie du pays et ce dans deux directions principales.

Tout d'abord, la Tunisie doit prendre en compte les mutations démographiques en Europe, la tendance à l’individualisation de la demande et la recherche de l’authenticité. Ces facteurs se sont traduits par la décélération de la demande adressée au tourisme balnéaire de masse et la montée de nouvelles formes de tourisme. L’Organisation mondiale du tourisme (OMT) estime que près de 40% de l’activité mondiale est aujourd’hui liée, au moins partiellement, à l’offre culturelle. D’autres produits de tourisme d’authenticité, comme l’écotourisme et le tourisme de désert, sont en plein essor. Ces nouvelles formes de tourisme ont l’avantage d’être plus rentable et moins exposés aux variations saisonnières.

Deuxièmement, la Tunisie a besoin d'explorer de nouveaux marchés afin de diversifier ses revenus touristiques et de surmonter sa dépendance excessive à l’égard des touristes européens qui représentent actuellement 80 pour cent de la clientèle. Les marchés émergents d’Asie et d'Amérique du Sud offrent un potentiel important à mesure que leurs conditions de vie s'améliorent et que les routes du transport aérien se développent.

La Tunisie a les atouts nécessaires pour développer un tourisme diversifié, en phase avec les changements de la demande et qui valorise mieux son capital humain et la diversité de son territoire. La Tunisie possède également le potentiel pour promouvoir le tourisme de santé et renforcer l’exportation des services médicaux particulièrement pour les patients Libyens, Algériens et ceux de l’Afrique Subsaharienne. La valorisation de ces atouts reste tributaire de la capacité du gouvernement, en concertation avec les professionnels du secteur, à mettre en œuvre une stratégie ambitieuse et cohérente qui permet de profiter pleinement des richesses humaines, naturelles et historiques du pays.

Cet article a été originellement publié dans Les Echos.

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Source: http://carnegie-mec.org/2012/06/26/la-crise-du-tourisme-en-tunisie-va-au-delà-des-questions-de-sécurité/ezri

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