Les raisons de l'échec de la contestation en Algérie

Les raisons de l'échec de la contestation en Algér
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En dépit de quelques rares manifestations et des appels au changement lancés par d’éminents intellectuels et hommes politiques, les protestations massives qui ont conduit à la chute du régime en Tunisie et en Égypte n’ont pas encore eu lieu en Algérie.
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Les protestations en Algérie ont éclaté en même temps qu’en Tunisie. Comme la Tunisie, l'Algérie a connu plusieurs auto-immolations de jeunes chômeurs. Elle est également confrontée à des conditions socio-économiques identiques à celles de l'Egypte et de la Tunisie - y compris un taux de chômage élevé, particulièrement parmi les jeunes ; la corruption généralisée et une vaste bureaucratie ; et le manque de transparence. Cependant, contrairement au reste de la région, les troubles sociaux en Algérie ne se sont pas propagés dans tout le pays. Les manifestants étaient beaucoup moins nombreux que les forces de police. Les protestations n'ont pas pu gagner du terrain, comme ce fut le cas en Tunisie, en Egypte, en Libye et dans une large mesure, au Yémen. 

Cette différence s’explique notamment par les richesses pétrolières et gazières de l’Algérie, facteur qui a accordé au régime davantage de ressources pour répondre au mécontentement populaire sans recourir à la violence. Le gouvernement a ainsi alloué plus de fonds pour les subventions alimentaires, accordé des augmentations de salaires aux greffiers et fonctionnaires municipaux, et aidé les jeunes entrepreneurs en leur offrant des prêts sans intérêts afin de leur permettre de créer leurs entreprises, en leur accordant une exonération fiscale de trois ans, et en leur réservant éventuellement une part des marchés publics locaux. Le président a également promis des transferts de fonds et de meubles pour les familles pauvres dans 14 régions isolées. Enfin, le gouvernement a levé l'état d'urgence en vigueur pendant 19 ans.

Les programmes d'aide économique, cependant, ne sont qu'une explication du manque d'enthousiasme des Algériens en faveur de changements radicaux dans le pays. Cinq autres facteurs doivent également être pris en compte.  

Tout d'abord, la population ne partage pas les mêmes griefs. Les appels aux protestations nationales n’ont mobilisé que quelque 2000 manifestants. Les préoccupations ont tendance à être spécifiques à des groupes particuliers. Les associations de travailleurs dans l’industrie pétrolière, les employés de la santé publique, les professionnels des télécommunications, les pompiers, les prédicateurs religieux, les fonctionnaires municipaux et les chômeurs ont protesté séparément pour défendre leurs propres intérêts socio-économiques. Les protestations des étudiants diplômés s'opposant à une réforme universitaire depuis la mi-février et une grève ouverte des médecins dans les hôpitaux publics ont été en mesure de mobiliser plus de gens que les manifestations anti-régime. 

Deuxièmement, l'opposition apparaît divisée et limitée par les réglementations qui restreignent le droit de manifester. Syndicats indépendants, organisations des droits humains, partis de l'opposition, et associations de jeunes ont mis en place une coalition ad hoc en janvier, la Coordination Nationale pour le Changement et la Démocratie (CNCD), en vue de promouvoir le changement par des protestations pacifiques. La coalition appelle à des manifestations hebdomadaires organisées au lieu des manifestations spontanées quotidiennes qui se sont  révélées si efficaces en Egypte et en Tunisie. Des désaccords internes au sein de la CNCD ont déjà vu le jour entre les organisations des droits de l'homme et les syndicats d'une part, et les partis politiques d'autre part. La pomme de discorde porte sur la tenue de manifestations chaque samedi à Alger, malgré leur interdiction par le régime et l'incapacité du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) et le Front des forces socialistes de mobiliser les gens sur la base de revendications communes. 

Troisièmement, les manifestants ont fait face à un appareil de sécurité puissant. L'Algérie a augmenté son effectif de sécurité ces dernières années, de 50 000 officiers de police dans le milieu des années 1990 à environ 170 000 agents de nos jours. Les agents sont à la fois bien payés - ils gagnent 65% de plus qu’un fonctionnaire public moyen (470 dollars contre 280 dollars par mois) - et ont de bonnes perspectives de carrière, ce qui rend peu probable leur défection. Leur tactique qui consiste à diviser les manifestants en petits groupes empêche également toute impression de puissance qui viendrait de la mobilisation de masse. La police en Algérie s'est appuyée sur des camions anti-émeutes et n'a pas pour autant tiré sur la foule, contrairement à ce qui s’est produit dans la plupart des autres pays de la région. 

Quatrièmement, l'armée en Algérie est plus intégrée dans la sphère politique du pays qu'en Tunisie ou en Egypte, rendant toute démission potentielle du président impertinente en vue d’un changement de régime. L'Armée nationale populaire compte environ 140 000 membres actifs et 100 000 réservistes et a toujours joué un rôle de premier plan dans les affaires du pays. Tous les présidents de l'Algérie ont bénéficié du soutien de l'armée. La loi d'urgence qui a été levée plus tôt ce mois-ci après avoir été en vigueur pendant deux décennies n'a fait que renforcer l'autorité de l'armée. En outre, de nombreux généraux de l’armée dirigent les plus grandes entreprises du secteur public, ce qui leur confère un accès privilégié à des secteurs stratégiques de l'économie. 

Cinquièmement, le spectre de la guerre civile des années 1990 est encore très présent dans les esprits. La crainte d'un nouvel épisode de violence et d'insécurité empêche les Algériens de réclamer un changement radical en dépit de leurs revendications économiques et sociales. La guerre civile algérienne a fait entre 100 000 et 120 000 morts, la plupart des familles ayant perdu au moins un de leurs membres. Bien qu’en septembre 1999, l'Armée Islamique du Salut (AIS) ait annoncé la fin de ses attaques et que les Algériens aient massivement entériné une initiative de réconciliation nationale, des violences sporadiques continuent d'éclater, menaçant la paix et la stabilité du pays. 

Ces facteurs ne signifient pas que l’Algérie ne connaîtra pas de changement de régime à un moment donné. Les bouleversements dans la région pourraient encore induire des effets inattendus. Mais les nombreux appels au changement qui ont conduit à la destitution des dirigeants en Tunisie et en Egypte sont largement absents en Algérie aujourd'hui. Cependant, en dépit des manifestations sporadiques et des appels au changement par d’éminents intellectuels et des personnalités politiques, un mouvement fédérateur qui transcende les divisions de la société n’est pas encore né en Algérie. 

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Source: http://carnegie-mec.org/2011/03/31/les-raisons-de-l-échec-de-la-contestation-en-algérie/b77r

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