Égypte et Tunisie : les enjeux économiques de l’après-révolution

Égypte et Tunisie : les enjeux économiques de l’ap
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L’Egypte et la Tunisie font face à des défis économiques considérables, qui viennent s’ajouter aux difficultés liées à la transition politique et appellent à des réformes importantes.
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L’objectif global du processus de transition démocratique en Égypte et en Tunisie se dessine peu à peu sur le plan politique. Les revendications populaires et les efforts déployés par les forces politiques et les organisations de la société civile visent en effet à instaurer un système politique démocratique garantissant la participation de l’ensemble des mouvements politiques, et ce dans le cadre d’une nouvelle constitution qui servira de référence pour la tenue d’élections parlementaires et présidentielles transparentes et régulières.
 
Mais le processus de transition économique est entaché d’éléments d’incertitude qui tiennent en grande partie aux divergences de vues sur la nature des politiques économiques mises en œuvre dans ces deux pays avant les mouvements de révolte populaire. Certains évoquent la nécessité d'amorcer une plus grande ouverture sur les plans commercial et financier et de donner davantage de moyens au secteur privé, puisque l’époque précédente s’est caractérisée par une économie de rente omniprésente, une corruption généralisée et une monopolisation du marché par le cercle privilégié proche du régime. Tous ces facteurs ont entravé le fonctionnement normal des marchés et leur capacité à allouer les ressources disponibles pour favoriser une concurrence économique réelle qui bénéficie à l’ensemble de la société.
 
A l’inverse, d’autres plaident en faveur de l’élargissement du secteur public et appellent à un renforcement des interventions directes de l’État dans le secteur économique, estimant que les politiques de privatisation et la dépendance excessive aux mécanismes de marché se sont traduites par une détérioration de la situation sociale, une hausse du chômage et une aggravation de la pauvreté, et ont creusé l’écart entre la minorité riche et la majorité pauvre.
 
La divergence profonde entre ces deux courants de pensée se produit à une période où l’économie mondiale souffre d’une perte de confiance dans l’économie de marché, considérée au cours des dernières décennies comme le meilleur modèle de gestion des affaires économiques. Ces facteurs empêchent les pays arabes de tirer profit de l’expérience des États de l’Europe orientale en matière de transition économique pendant les années 1990. En effet, chacun de ces États est passé d’un système socialiste axé sur l’économie étatisée qui entrave la libre initiative et la propriété privée des moyens de production à un système d’économie de marché, et ce à une époque où les pays de l’Europe occidentale constituaient un exemple réussi de l’économie de marché.
 
Le processus de transition économique dans les pays arabes sera compliqué et porteur de risques et il est certain que ce mouvement influencera la situation politique et en sera influencé à son tour. Mais indépendamment des grands choix idéologiques à prendre, les efforts visant à relever les défis économiques sur le court et moyen terme doivent s’accompagner de mesures décisives que l’on peut résumer par les cinq points suivants :
 
- Le processus de communication entre les gouvernements transitoires et la population revêt une très grande importance pour l’amélioration de la situation économique et sociale, notamment sur le court terme. Un discourt politique crédible, réaliste et transparent sera certainement bénéfique pour la gestion de la période transitoire, la communication pouvant en effet aider à réduire le nombre des mouvements de grève et à renforcer la production et les investissements alors que les indicateurs économiques sont en régression aux niveaux national et international.
 
- La lutte contre la corruption et les mécanismes de l’économie de rente par le biais d’une approche mesurée qui prône à la fois la fermeté et la justice dans l’application des lois est un élément essentiel de la gestion du processus de transition. Ceci confèrera davantage de crédibilité au discours politique et redonnera confiance aux investisseurs et aux institutions de financement.
 
- Des mesures devraient être mise en place pour encourager les entreprises du secteur privé en leur assurant un environnement légal et administratif adéquat, en simplifiant les formalités de création des entreprises, notamment les PME, et en encourageant les banques à accorder aux entreprises des crédits à des conditions avantageuses. Il est également important que l’Égypte, la Tunisie et le reste des pays arabes puissent tirer profit des expériences pionnières en matière de développement du secteur privé et faire en sorte que ce secteur puisse devenir le moteur de la croissance, des investissements et de l’emploi. A titre d’exemple, les Petites et Moyennes Entreprises (PME) en Corée du Sud et en Turquie représentent 99% de l’ensemble des sociétés implantées sur le sol national et contribuent à hauteur de 90% au total des emplois créés, contre 50% seulement en Égypte, y compris les entreprises du secteur informel.
 
- Il est vrai que les revendications sociales, à savoir l’augmentation des salaires, la création d’emplois supplémentaires et la subvention des denrées alimentaires sont légitimes et vont de pair avec la logique de changement qui a été l’élément déclencheur des mouvements de protestation. Une longue période sera certes nécessaire pour satisfaire ces revendications, mais  l’augmentation de la dette publique, de l’endettement à la fois interne et externe et du déficit budgétaire ne constitue pas la solution adéquate pour y parvenir.
 
Il est à noter que le développement des entreprises du secteur privé, notamment les PME, représente l’un des moyens qui permettent d’élargir l’assiette fiscale pour financer les services publiques et assurer une protection sociale aux segments défavorisés de la population.
 
- Les économies des pays arabes, notamment l’Égypte qui compte plus de 80 millions d’habitants et a besoin de plus de 700 000 emplois par an, se doivent de mettre un terme à leur dépendance aux revenus du tourisme (et du canal de Suez pour l’Égypte) ainsi qu’aux transferts monétaires des émigrés pour combler leur immense déficit commercial. Il est désormais nécessaire que l’Égypte et la Tunisie revoient intégralement leur stratégie économique. Par ailleurs, le secteur agricole devrait être l’un des piliers principaux de toute nouvelle orientation économique, d’autant plus que la dépendance excessive aux marchés mondiaux est à même de menacer la sécurité alimentaire et engendrer plus d’instabilité sociale et politique.
 
Mise à part la pénurie d’eau dont souffrent les pays arabes, la faiblesse de la production de céréales dans le monde arabe est essentiellement due à la faiblesse des investissements consacrés aux recherches agricoles. Bien que la région se caractérise par un nombre relativement élevé de chercheurs agronomiques, ceux-ci peinent à s’acquitter de leurs tâches en raison du manque des moyens matériels et des équipements de base nécessaires, et certains d’entre eux ont été réduits à n’être plus que de simples cadres administratifs.
 
Malgré son importance, la transition démocratique qui s’opère en Égypte, en Tunisie et dans d’autres pays arabes ne se traduira pas forcément par une amélioration du niveau de croissance économique ou par la création d’emplois supplémentaires, et pourrait avoir un effet contraire à celui escompté, à moins que ces pays ne parviennent à réduire leur dépendance excessive à l’égard du budget de l’État et de la dette publique, et à dresser un ordre du jour des priorités nationales. La légitimité politique que la prochaine étape conférera aux responsables des politiques dans les pays arabes est sans doute l’élément essentiel pour mener à bien les réformes économiques nécessaires, en dépit des difficultés qui pourront en résulter sur le court terme.
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Source: http://carnegie-mec.org/2011/04/22/égypte-et-tunisie-les-enjeux-économiques-de-l-après-révolution/b783

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