Economie algérienne : excédents de liquidités et déficits sociaux

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A l’heure où les pays de l’UE sont frappés par la crise de la dette souveraine, acculés à prendre des mesures d'austérité et forcés à supporter un coût d'emprunt de plus en plus cher; le ministre algérien des Finances Karim Djoudi a annoncé que le FMI a fait une demande officielle au gouvernement de son pays pour lui emprunter.
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Les derniers chiffres indiquent, en effet, que la Banque centrale d’Algérie disposerait d’un montant de 200 milliards de dollars en réserves de change, un montant suffisant pour financer plus de trois années d’importation du pays.

Cette annonce constitue une véritable énigme compte tenu de l'antagonisme notoire entre la les excédents apparents des comptes publiques et les conditions socio-économiques très difficiles dont souffrent une majorité d'Algériens.

Tout d'abord, le recul en termes d’accès et de la qualité des services sociaux de base dont l'éducation et la santé. Ce recul se traduit à la fois par le budget insuffisant alloué par le gouvernement à ces secteurs et la détérioration des conditions sociales de leurs employés.

Deuxièmement, la persistance du chômage des jeunes, avec un taux qui dépasse 20 pour cent, selon les statistiques officielles. Les politiques du gouvernement n’ont pas réussi à absorber les flux d’entrants sur le marché du travail, en dépit du ralentissement démographique et la baisse du taux d’activité qui plafonne à 40 pour cent au niveau national. Cette dernière tendance révèle que de plus en plus de personnes perdent espoir et finissent par renoncer à rechercher du travail. D’autres sont forcés d’accepter des emplois précaires, souvent mal payés et sans aucune protection sociale.

Troisièmement, la difficulté d'accès au logement, en raison de l'échec du gouvernement à mettre en œuvre une politique du logement transparente et efficace qui assure aux citoyens, en particulier ceux des catégories défavorisées l’accès à un logement décent à un prix raisonnable. Aujourd’hui, le financement du logement social constitue un lourd fardeau pour le budget et constitue une source illégale d’enrichissement pour une minorité de bureaucrates et d’opérateurs privés.

Quatrièmement, l’effritement du pouvoir d'achat de la majorité de familles algériennes en raison du coût élevé de la vie attisé par l’envolée des prix des produits alimentaires. Ce phénomène se propage en absence de mécanismes de régulation des marchés et la prévalence de positions de monopole tant au niveau de l'importation qu’au niveau des réseaux locaux de distribution.

Les protestations sociales en Algérie ont, en effet, commencé avant le printemps arabe et se poursuivent sous différentes formes en dépit de la hausse vertigineuses des dépenses publiques. Celles-ci ont augmenté de 70 pour cent au cours des trois dernières années. Le faible taux de participation et le nombre élevé des votes blancs aux dernières élections législatives constituent une autre forme d’expression du malaise sociale des algériens. En cinquante ans d’indépendance, les gouvernements successifs ont été incapables de développer une stratégie de diversification économique et surmonter la dépendance excessive du pays vis-à-vis du secteur des hydrocarbures. Celui-ci représente encore aujourd’hui plus du tiers du PIB et contribue à hauteur des deux tiers aux recettes publiques et près de 98 pour cent aux exportations.

Les secteurs productifs, en revanche, se sont considérablement détériorés. L’agriculture contribue au PIB à concurrence de 8 pour cent, contre seulement 5 pour cent pour le secteur manufacturier. Cette structure de l’économie se répercute négativement sur la capacité du pays à créer des opportunités d'emploi et à améliorer le bien-être des familles. L'Algérie est ainsi contrainte à une dépendance excessive à l’égard des importations pour satisfaire sa demande interne. De fait, la valeur des importations a doublé au cours des cinq dernières années pour atteindre quelque 50 milliards de dollars. Cette hausse survient en dépit des mesures prises par le gouvernement pour restreindre les importations, en particulier celles destinées à la consommation finale.

L'Algérie a connu une régression du volume de ses exportations d’hydrocarbures de 20 pour cent au cours des cinq dernières années. Cette régression s’explique par le déclin de la production qui a été affecté par la faible attractivité des termes contractuels proposées par le gouvernement aux compagnies étrangères. Elle est également due à la hausse constante de la consommation locale d’hydrocarbures boostée par des prix faibles, déconnectés par rapport à la réalité des prix sur les marchés mondiaux. La tendance à la baisse du volume de production et à la hausse de la consommation intérieure risque de réduire davantage le surplus du compte courant de l'Algérie qui a déjà subit une baisse de 50 pour cent au cours des cinq dernières années. Or, l'excédent global des comptes courants des pays arabes exportateurs de pétrole a augmenté de 70 pour cent au cours de la même période.

En raison de la hausse excessive des dépenses publiques au cours des trois dernières années, le prix du pétrole qui assure l’équilibre du budget algérien, a atteint 105 dollars, alors qu’il était inférieur à 80 dollars au moment du déclenchement des protestations sociales dans les pays du Printemps arabe.

L’investissement public est une condition nécessaire mais pas suffisante pour permettre au gouvernement de réaliser un développement économique inclusif et soutenu. Celui-ci reste tributaire du degré d'implication du secteur privé dans l'investissement et la production. Un tel objectif exige que le gouvernement s'emploie à créer un environnement administratif et juridique approprié pour stimuler les initiatives et attirer les investissements privés, tant nationaux qu'étrangers.

Or, aujourd’hui selon le Rapport de la Banque mondiale, l'Algérie arrive à la 148ème position dans le classement des pays selon leur climat d’investissement. Une position qui place l’Algérie loin derrière y compris par rapport à la majorité des pays d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient.

L'économie algérienne traverse actuellement une phase cruciale. Les dirigeants doivent utiliser les capacités de financement disponibles afin de transformer la structure économique du pays et jeter les bases d’une économie productive, diversifiée et compétitive. Une telle initiative devrait s’appuyer sur des institutions transparentes, efficaces et susceptibles de rendre compte au peuple algérien. Ne pas saisir cette opportunité et vivre dans l’illusion d’un pays en abondance de liquidités, risque d’exposer l'Algérie à des dangers réels dans l’avenir.

Cet article a été originellement publié dans Les Echos.

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Source: http://carnegie-mec.org/2012/05/21/economie-algérienne-excédents-de-liquidités-et-déficits-sociaux/f5nw

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