La révolution du peuple tunisien, qui a forcé le dictateur Zine El-Abidine Ben Ali à quitter le pays, est porteuse de nombreuses leçons pour les pays arabes. Les régimes du monde arabe devraient garder ces leçons à l’esprit pour éviter que le scénario tunisien ne se reproduise. Pour les citoyens, cependant, l’expérience tunisienne est une source d’espoir pour un changement démocratique réel.

Les citoyens tunisiens ont rappelé aux peuples et gouvernements arabes la principale leçon des changements démocratiques survenus dans l'Histoire : ne jamais sous-estimer le pouvoir des peuples vivant sous le joug de l’autoritarisme. En effet, quelle que soit la durée et l’intensité de la répression,  les citoyens finiront par initier le changement en se soulevant spontanément et en étant capables de surmonter la corruption et la répression armée. 

Les peuples et les gouvernements arabes ont également compris que les régimes autoritaires ont un déficit de légitimité, que même la croissance économique ne suffit pas à combler. Sous le régime Ben Ali, la Tunisie a connu la plus forte croissance économique du monde arabe, à l’exception des pays du Golfe. Le revenu annuel moyen par habitant a atteint 4000 dollars, le niveau d’éducation s’est élevé et le taux d’analphabétisme a été sensiblement réduit.

Mais lorsque la croissance économique a stagné, beaucoup de Tunisiens se sont sentis frustrés et ne disposaient d’aucun moyen pour exprimer leur mécontentement. Leurs problèmes de la vie quotidienne ont rapidement évolué vers des revendications plus larges portant sur les libertés politiques et la démocratie.

Autre leçon à retenir de l’expérience tunisienne : les dictateurs sont manifestement incapables de comprendre la souffrance de la population. Ben Ali et son gouvernement ont ignoré le chômage galopant qui touchait 40% des jeunes qualifiés et l'écart sans cesse croissant entre les riches et les pauvres. Lorsque les protestations ont pris la forme d’un soulèvement populaire général, le régime de Ben Ali a dans un premier temps choisi balles et matraques pour répondre aux demandes de la population. Ce n’est qu’aux derniers jours de son règne de 23 ans que le président a promis aux citoyens d’engager un processus de  développement économique et social de responsabilisation du gouvernement et de changement démocratique. Il n’a convaincu personne.

La révolution tunisienne a aussi montré que les tentatives de renversement d’un régime autocratique peuvent se produire spontanément et prendre rapidement de l’ampleur. Les protestataires en Tunisie ne se sont pas contentés de revendiquer la démocratie, le respect des droits de l’Homme et de la bonne gouvernance : ils ont forcé le régime à reconnaitre leurs droits économiques et sociaux fondamentaux. Malgré le coût élevé de la révolution – 70 Tunisiens ont trouvé la mort avant que le président ne quitte le pays – l'empressement et la détermination des citoyens, ainsi que leur capacité à utiliser les médias sociaux, ont garanti le succès de la révolution et le triomphe du changement politique.

Les dictateurs arabes qui entretiennent des liens étroits avec l’Occident – comme cela a été le cas en Tunisie – devraient toujours garder à l’esprit la révolution islamique de 1979 qui a eu raison du régime du shah Mohammed Reza Pahlavi en Iran. En dépit du soutien occidental dont bénéficie un dictateur, il peut néanmoins à tout moment être renversé et l’Occident n’hésitera alors pas à l’abandonner. 

Si les dirigeants des régimes arabes les plus réfractaires au changement décident de tenir compte de ces leçons, ils devraient chercher à instaurer progressivement un changement démocratique. Ils peuvent, en l’espace de quelques semaines, mettre en place un gouvernement démocratique, malgré l’absence d’une opposition politique viable. De telles mesures ne seront pas seulement favorables aux dirigeants au pouvoir mais également à leurs citoyens.