De bonnes statistiques peuvent malgré tout être porteuses de mauvaises nouvelles.  C’est le cas des pays du Maghreb qui ont connu une baisse significative de leur taux de chômage lors de la dernière décennie. Mais une réalité peut en cacher une autre. Le taux de chômage a effectivement chuté d’un tiers au Maroc et de deux tiers en Algérie passant de 30 % au début du millénaire à seulement 10 % en 2009. Il est, cependant, difficile d’établir un lien entre ces performances et les politiques macroéconomiques ou celles de l’emploi adoptées par les pays du Maghreb.
 
Quatre facteurs expliquent la divergence entre les statistiques du chômage et la réalité du marché du travail maghrébin. Premièrement, le taux de croissance de la population en âge de travailler a régressé suite à une baisse importante des taux de fécondité. Cette contraction a, par conséquent, réduit les pressions subies sur le marché de l’emploi et contribué à une baisse du taux de chômage. Deuxièmement, en dépit des progrès enregistrés au niveau de l’éducation des femmes, leur taux de participation au marché du travail reste très faible. La convergence attendue des taux de participation des hommes et des femmes –qui s’est produite dans les pays développés– ne s’est toujours pas réalisée au Maghreb. Troisièmement, l’économie informelle et les activités à faible valeur ajoutée ont largement contribué à la création d’emploi au Maghreb au cours de la dernière décennie. En revanche, le secteur industriel, qui demeure non compétitif et dépendant d’une poignée de marchés d’exportation, n’a généré qu’un nombre très limité d’emplois. Quatrièmement, en dépit du repli du taux de chômage global, le chômage chez les jeunes reste très élevé et a même augmenté dans certains cas. Les emplois créés ont essentiellement bénéficié aux travailleurs non-qualifiés.
 
Il est de ce fait impératif que les politiques publiques privilégient la qualité des emplois plutôt que leur quantité. Il est ainsi primordial d’élaborer une véritable stratégie de croissance de moyen et long terme susceptible de créer des emplois à forte valeur ajoutée et de renforcer la compétitivité des exportations des pays du Maghreb. Par ailleurs, ces pays doivent réformer leurs systèmes d’éducation et de formation professionnelle qui jouent un rôle clé dans l’amélioration de l’insertion sur le marché du travail. Les réformes partielles et les solutions hâtives et incohérentes adoptées pendant des décennies dans un secteur aussi vital que l’éducation ont été inefficaces. Aussi, par souci d’équité et de cohésion sociale, il est indispensable de revoir la règlementation qui régit le marché du travail dans le but d’instaurer un équilibre entre les droits et les obligations des employés et ceux des employeurs. Il est également nécessaire d’étendre les bénéfices sociaux aux travailleurs du secteur informel, qui restent aujourd’hui exclus de toute protection. Enfin, une refondation des politiques de l’emploi dans les pays du Maghreb devrait accroitre leur efficacité ainsi qu’étendre leur couverture aux chômeurs les plus vulnérables.
 
Sans mise en oeuvre effective de ces différentes réformes, les pays du Maghreb continueront simplement à troquer le chômage contre la précarité.