Au regard de sa modeste taille (11 586 km2), le Qatar a joué un rôle diplomatique très grand. Il a mené les efforts de médiation du Sahara occidental au Yémen et, depuis le « printemps arabe », a utilisé ses médias et son influence financière et politique pour épauler les rébellions, se plaçant dans la compétition régionale face à des puissances plus importantes. Il convient de s’interroger sur les motivations et modèles de politiques étrangères de l’émirat, ainsi que sur le rôle qu’il a joué dans les transformations en cours au Moyen-Orient.
 
Lorsque Hamad ben Khalifa al-Thani détrôna son père, Khalifa ben Hamad, dans un coup d’État mené sans effusion de sang en juin 1995, il considéra que le Qatar devait se tracer une nouvelle voie s’il cherchait à assurer sa sécurité et un avenir économique durable et prospère.1
 
Paul Salem
Salem was director of the Carnegie Middle East Center in Beirut, Lebanon. He works and publishes on the regional and international relations of the Middle East as well as issues of political development and democratization in the Arab world.
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L’invasion du Koweït par l’Irak en 1990 mit en évidence la vulnérabilité des petits États du golfe Arabo-Persique et convainquit l’émir que seul Washington avait la capacité et la volonté d’apporter une vraie sécurité. Le Qatar s’éloigna alors de sa dépendance traditionnelle envers l’Arabie saoudite – laquelle s’était avérée inutile pour le Koweït en 1990, Riyad n’ayant rien pu faire contre l’invasion irakienne – et construisit des relations militaires directes avec les États-Unis. En tant qu’ancien ministre de la Défense, Hamad ben Khalifa avait une grande expérience dans le domaine. Le partenariat mena à l’établissement de deux bases américaines : la première, la Al-Udeid Air Force Base, près de Doha, siège de l’US Central Command d’où les guerres en Afghanistan et en Irak furent menées ; la seconde, Al-Sayliyah Camp, accueille la plus grande base américaine de prépositionnement en dehors des États-Unis. Ces derniers envisageraient même de relocaliser la Ve Flotte, actuellement basée à Bahreïn, fragilisé par la contestation, vers un Qatar jugé plus stable. Quoiqu’il en soit, avec ce dispositif, le petit émirat a été en mesure d’assurer sa sécurité, lui donnant confiance pour construire une politique étrangère indépendante et dynamique.

Le « modèle » dubaïote

L’autre point important dans l’émergence de l’influence du Qatar au Moyen-Orient réside dans la réussite de son processus de diversification économique (cf. l’article de Mark Farha, p. 28-33). La chute du prix du pétrole dans les années 1980, et la pression consécutive sur les généreux État-providence du Golfe, convainquit les familles régnantes de la péninsule Arabique que, pour rester au pouvoir, ils avaient besoin de diversifier leur économie. Dans sa recherche d’alternatives, le Qatar se faisait dépasser par Dubaï et même, dans les années 1990, par Abou Dhabi et Bahreïn. Ils attiraient d’importants investissements étrangers, en particulier Dubaï, qui avait prouvé qu’une petite cité-État du Golfe pouvait acquérir une renommée internationale et devenir un hub mondial des services et des transports. Le Qatar s’engagea alors à rattraper le temps perdu. En plus d’investir dans l’exploration et l’exportation de gaz, il prit conscience que l’investissement local exigeait une grande visibilité régionale et internationale et la construction d’une « marque Qatar ». L’émir a tout fait pour atteindre ces objectifs.
 
L’année 1991 marque le point de départ du gaz avec la première phase d’exploration du North Dome/South Pars, situé dans les eaux territoriales du Qatar et de l’Iran, et considéré comme le plus grand gisement de gaz au monde. Les premières tentatives d’exportation par gazoduc vers les Émirats arabes unis, Oman et le Koweït furent combattues par l’Arabie saoudite voisine. Cette situation s’avéra une bénédiction pour le Qatar, qui s’efforça dès lors d’investir dans des installations de gaz naturel liquéfié (GNL) et de sécuriser ses exportations, libres des contraintes régionales, sur le marché mondial. L’accord de long terme pour fournir du gaz au Japon et à d’autres pays asiatiques ainsi que la hausse constante des prix du gaz et du pétrole apporta à l’État qatari d’immenses ressources lui permettant de financer une politique étrangère active et autonome.
 
En terme d’image, le Qatar s’est largement inspiré de Dubaï, investissant massivement dans ses infrastructures et se présentant lui-même comme une plaque tournante du commerce et des affaires. L’émirat s’avéra également être un hôte généraux pour les conventions et les conférences internationales en tout genre, ainsi qu’un pôle mondial pour l’éducation, le sport et le divertissement. Il a ainsi accueilli les Jeux asiatiques en 2006, les Jeux panarabes en 2011 et organisera la Coupe du monde de football en 2022. En seulement quelques années, l’émir Hamad a fait de Doha une véritable capitale mondiale (cf. l’article de Aurélien Neu, p. 38-39).

L’effet Al-Jazeera

Parmi les projets qataris les plus influents, le lancement de la chaîne satellitaire arabe Al-Jazeera en 1996 figure au premier plan. Elle a été calquée sur le projet de télévision satellite Orbit, développé par l’Arabie saoudite et la BBC, mais qui n’aboutit pas après le retrait des Britanniques en raison de la censure saoudienne. Beaucoup des journalistes formés par la BBC furent embauchés par Al-Jazeera. Celle-ci fut fondée comme une chaîne satellitaire privée possédée par différents acteurs économiques incluant les membres de la famille régnante. Toutefois, s’inspirant de l’échec d’Orbit, le conseil d’administration de la chaîne a accordé une grande liberté éditoriale. Cette ligne de conduite s’avéra remarquablement profitable pour Al-Jazeera puisqu’elle fut capable de diffuser des programmes critiques et populaires, comme Al- Ittijah al-Mouakiss, sur des enjeux politiques, sociaux et culturels du Moyen-Orient, qui attirèrent une audience arabe large et donnèrent à la chaîne une grande crédibilité.
 
Al-Jazeera provoqua cependant de nombreux problèmes diplomatiques pour Doha : les États-Unis firent pression à plusieurs reprises sur les positions anti-américaines de la chaîne, notamment pendant la couverture de l’invasion de l’Irak en 2003, tandis que l’Arabie saoudite retirait son ambassadeur du Qatar en 2002 après une analyse critique des affaires internes saoudiennes. Pourtant, cette couverture médiatique sembla prouver aux yeux des Arabes l’indépendance du Qatar.
 
L’émirat compléta le rôle d’Al-Jazeera avec un ambitieux agenda politique. Au début des années 2000, l’émirat se présenta comme le principal médiateur des conflits régionaux, s’impliquant dans les questions du Sahara occidental, de la Libye, du Darfour (Soudan), des Territoires palestiniens occupés, du Liban, du Yémen, de l’Éthiopie et de l’Érythrée. Doha établit également des relations aussi bien avec Israël qu’avec les ennemis déclarés de celui-ci, comme l’Iran, le Hamas et le Hezbollah. Cette position de « neutralité » servit de nombreux intérêts qataris en aidant à la construction d’une « marque Qatar », le pays devenant un « ami » de tous dans la région. En outre, cette posture protégeait potentiellement l’émirat des retombées des conflits régionaux en feignant n’être l’ennemi de personne. Il espérait que la construction d’une stabilité régionale ne pouvait que booster le potentiel d’un développement économique régional dans lequel comptait jouer la plaque tournante et la construction de bonnes relations avec tout le monde augmenterait le statut du Qatar en tant que pays influent au Moyen-Orient, vers qui les États-Unis, l’Union européenne, la Russie et d’autres acteurs mondiaux auraient besoin de se tourner. Jusqu’au déclenchement des « printemps arabes » en décembre 2010, le Qatar avait confirmé son statut de rare État de la région entretenant des bonnes relations avec tous.

De la « neutralité » à la partialité

Ce que l’émirat avait réussi à se construire de crédit en tant qu’acteur impartial, les révolutions au Moyen-Orient l’ont largement fait disparaître. Depuis début 2011, le Qatar a abandonné sa politique de neutralité et de maintien de bonnes relations avec tous pour une politique de soutien affiché aux contestations et aux rebelles en Libye et en Syrie. Dans le même temps, il appuyait la répression dans le Bahreïn voisin contre les protestations. Ainsi, tandis qu’Al-Jazeera couvrit avec enthousiasme le « printemps arabe » en Afrique du nord et en Syrie, elle imposa l’omerta sur la couverture des manifestations de la place de la Perle à Manama.
 
La chaîne était présente sur le terrain en Tunisie pour couvrir le premier soulèvement et toucha, avec sa narration dramatique des événements, le public arabe. Elle participa au transfert de cette étincelle de rébellion tunisienne vers l’Égypte, la Libye, le Yémen, la Syrie. Sa rédaction et ses reporters sympathisèrent naturellement avec les manifestants, et les autorités de Doha ne virent aucun grand problème stratégiques pour eux aux chutes de Zine el-Abidine ben Ali (cf. l’article de Khalifa Chater, p. 56-59) et de Hosni Moubarak.
 
Le Qatar s’est alors non seulement rendu compte qu’il bénéficiait d’une télévision influente, mais également qu’il se trouvait à la tête des forces façonnant l’avenir du monde arabe. Tandis que l’Arabie saoudite craignait le changement et y résistait, le Qatar réalisa qu’il pouvait être un acteur central de cette nouvelle région en transition plutôt que le protecteur d’un ordre ancien à l’agonie.
 
En complément de son rôle médiatique important endossé par Al-Jazeera dans la propagation de la rébellion, le Qatar se servit d’autres outils pour agir. Doha poussa en effet le Conseil de coopération du Golfe (CCG) à prendre position sur la Libye, incita la Ligue arabe à suspendre le siège occupé par le régime de Mouammar Kadhafi et demanda au Conseil de sécurité des Nations unies d’imposer une zone d’exclusion aérienne. Tout cela constituait un pas sans précédent pour la diplomatie arabe. Le Qatar innova encore en dépêchant ses propres avions dans l’opération de l’OTAN et envoya de l’argent, des armes, de l’essence et des instructeurs aux rebelles libyens.
 
Ce succès encouragea le pays à se positionner rapidement sur la Syrie. L’émirat avait pourtant construit d’excellentes relations avec Damas et avait investi des milliards de dollars dans des projets de développement immobilier. Doha pouvait espérer que ses bonnes relations avec le régime de Bachar al-Assad lui permettraient de jouer un rôle positif en tant que médiateur pour favoriser la mise en place d’une réforme politique après le déclenchement du soulèvement. Toutefois, ces espoirs, partagés par la Turquie, ont vite disparu à mesure que Damas poursuivait une politique de répression sanglante contre les manifestants, repoussant en même temps les tentatives de médiation du Qatar. Ce dernier devint alors l’ennemi avoué du régime et rompit ses relations diplomatiques, retira ses fonds et ses investissements, finança et arma l’opposition et pressa la communauté internationale d’imposer des sanctions ou d’envisager une intervention militaire. Les positions des autorités de Doha sur la Syrie les placèrent en désaccord avec l’Iran et le Hezbollah, des acteurs avec lesquelles elle avait pourtant cultivé de bonnes et ouvertes relations les années précédentes.
 
En effet, à la fin de l’année 2011, le Qatar – et aussi la Turquie – avait abandonné sa politique de neutralité et de bonnes relations avec tous en faveur d’une position claire, avec ou contre certains acteurs de la région. Il devait également assumer une certaine hypocrisie. D’une part, lorsqu’il s’agit de la sécurité des membres du CCG, le Qatar ne peut pas rompre avec la puissante Arabie saoudite, ni même mettre en péril son voisinage immédiat, d’où le soutien au régime de Bahreïn. D’autre part, alors qu’il appuie des manifestations pro-démocratie, il maintient chez lui un régime politique autoritaire dans lequel le pouvoir est essentiellement concentré dans les mains d’un ou deux hommes (cf. l’article de Fatiha Dazi-Héni, p. 18-23). Si le Qatar a promis des élections législatives en 2013, peu cependant se font d’illusion sur la nature de ce genre de réformes, plus considérées comme un « vernis » qu’une réelle transformation démocratique. Au regard de cette hypocrisie, des figures clefs d’Al-Jazeera, comme le chef du bureau de Beyrouth, Ghassan ben Jeddou, en avril 2011, ont quitté la chaîne.
 
Vision ou improvisation ?
La question à se poser est celle de la logique sous-jacente à cette nouvelle approche régionale du Qatar. Le pays a poussé à la transformation démocratique et au changement de régime dans de nombreux États alors qu’il protège l’ordre ancien dont le CCG est le bastion. Doha entretient des relations solides avec les Frères musulmans qui ont émergé comme courant dominant en Tunisie et en Égypte, et a offert une assistance économique. Ces politiques pourraient ne pas être aussi contradictoires qu’elles n’y paraissent. Là où le Qatar ne voit pas de menace sur sa sécurité ou sa stabilité (pas à Bahreïn, donc), il s’est positionné aux côtés du soulèvement en partie parce que cette action est populaire et participe à sa volonté de se créer une image de marque positive et d’envisager le futur. En effet, sa compréhension des enjeux en cours l’a convaincu que ces régimes étaient condamnés et n’auraient pas survécu au soulèvement de grande échelle qui les frappait. Autant alors se mettre du bon côté.
 
Cette attitude pourrait être analysée comme de la realpolitik, mais ce serait sans compter sur une autre grille de lecture possible, celle des sentiments de l’émir et de son premier ministre, Hamad ben Jassim al-Thani, figures publiques de la politique étrangère du pays. Ils ont probablement été sensibles aux scènes de soulèvements populaires contre des gouvernements tyranniques. Lorsque des considérations sécuritaires de premier ordre n’ont pas écarté (comme à Bahreïn) leur inclination naturelle à prendre parti, cet élément peut avoir joué un rôle significatif.
Aussi, lorsque le Qatar avait de la sympathie ou des relations, il y a construit autour son attitude. Al-Jazeera avait longtemps été un relais puissant des Frères musulmans à travers nombre de ses journalistes. De même, l’émirat, en dépit de son intégration frénétique à la mondialisation, demeure une société islamique conservatrice, la seule wahhabite avec l’Arabie saoudite. Le prédicateur égyptien Youssef al-Qaradawi et l’imam libyen Ali al-Salabi ont longtemps résidé au Qatar. Le pays était donc naturellement bien placé pour épauler les groupes et les partis des Frères musulmans au moment où les régimes s’effondraient. Le Qatar a aussi accueilli d’autres groupes, tel que le large spectre des islamistes et laïcs composants l’opposition syrienne, pour essayer de leur offrir à eux aussi son soutien.
 
Certains ont accusé Doha de tenter de construire un réseau d'alliance pan-régional des Frères musulmans. D’autres lui ont reproché d’appuyer la confrérie pour contrer le soutien de l’Arabie saoudite aux salafistes. Toutefois, il est plus probable qu’il soit simplement en train de se construire une influence là où il le peut, dans l’espoir de devenir un acteur important au Moyen-Orient et d’avoir une emprise dans les partis populaires comme celui des Frères musulmans pour réussir à stabiliser ces États et à reconstruire leur prospérité.

Un nouveau positionnement

Les politiques de Doha ont créé de nouveaux paradigmes dans ses relations avec les acteurs clefs du Moyen-Orient. En ce qui concerne les États-Unis, le Qatar a émergé comme un acteur central, en les aidant à construire leurs relations avec les nouveaux partis islamistes vainqueurs des élections. Concernant l’Arabie saoudite, les deux pays diffèrent franchement sur la façon de considérer et d’appréhender les révolutions, mais se retrouvent sur plusieurs enjeux importants tels que le changement de régime en Libye et en Syrie et, surtout, la protection du régime en place à Bahreïn. Ainsi, bien qu’il soit possible qu’ils soutiennent des courants islamiques différents, les deux monarchies partagent la même perspective islamiste. Quant à l’Iran, Doha ne s’en est finalement pas trop mal tirée. Le Qatar partage avec la République islamique son principal gisement de gaz et n’a pas intérêt à ce que ses relations soient mauvaises. Cependant, Téhéran a montré qu’il n’avait pu agir sur le soulèvement au Bahreïn et que de toute manière la sécurité militaire apportée par les États-Unis l’emporterait toujours sur n’importe quelle menace iranienne. Cependant le Qatar est toujours soucieux de contenir les dommages créés par ses positions sur le Bahreïn et la Syrie afin de ne pas risquer une escalade avec l’Iran.
 
L’émirat est apparu comme l’un acteurs les plus influents de la politique régionale, comparable au poids exercé par les pays beaucoup plus grands que lui, comme la Turquie ou l’Arabie saoudite, et à celui des anciennes puissances régionales que furent l’Égypte et l’Irak. Qu’un si petit État ait pu devenir une puissance régionale de cette envergure n’est pas un cas unique dans l’histoire – il suffit par exemple de penser à Venise ou à Florence, ou plus récemment encore à Singapour –, mais cette influence du Qatar oblige à s’interroger sur l’impact des médias et la puissance de l’argent dans le monde actuel.
 
Alors que le pari de Doha sur le changement en Syrie (la chute du régime) reste encore à être démontré, on peut s’attendre à ce qu’il maintienne ses politiques de soutien aux transitions dans les différents pays où les dictatures sont tombées, tout en continuant à se placer du côté de la stabilité et des réformes politiques d’apparence chez lui et au sein du CCG. Son soutien aux différents groupes des Frères musulmans va sans doute continuer, mais pourrait désormais inclure d’autres groupes, islamistes ou non. Dans tous les cas, le Qatar va probablement inciter et encourager ces partis à poursuivre un pragmatisme politique et économique – quoique toujours dans une voie conservatrice –, afin d’éviter qu’ils ne s’engagent dans une forme radicale de djihad ou d’extrémisme.
 
Comme pour n’importe quel pays, la politique étrangère du Qatar comporte de grandes contradictions, mais l’émirat possède une grande influence et un important crédit dans ce Moyen-Orient émergeant. Les États et les groupes souhaitant un changement positif au Moyen-Orient devraient s’engager plus avec le Qatar pour l’encourager à rester sur les terrains où il a déjà appuyé des changements positifs et l’inciter à faire des réformes plus sérieuses, aussi bien chez lui qu’au sein du CCG. Les riches pétromonarchies ont peut être pu temporiser avec leur argent, mais l’Histoire finira par les rattraper. 

NOTE

  1. Voir : David Roberts, « The Arab World’s Unlikely Leader : Embracing Qatar’s Expandind Role in The Region », Policy Brief, Project on Middle East Democracy, 13 mars 2012 ; Fatiha Dazi-Héni, « Désir de puissance : le Qatar a-t-il les moyens de sa diplomatie arabe ? », Actuelle de l’IFRI, 21 juillet 2012. Téléchargeable sur : www.ifri.org/?page=detail-contribution&id=7258

Cet article a été originellement publié dans le magazine français "Moyen-Orient", numéro 16 (octobre-décembre 2012). Pour en savoir plus: www.moyenorient-presse.com