Si la société a du mal à percevoir les femmes comme des bourreaux, ce qui les pousse à agir relève de motivations disparates.

L’État Islamique (EI) a annoncé en juin dernier la création d’une brigade féminine appelée el khansa, active dans la province d’Al Anbar  (Irak) et à Raqqa (Syrie) . On parle aussi des brigades de femmes de l’Armée Syrienne Libre (ASL) baptisées Oumana Aïcha et Banet el Walid, actives à Homs et à Alep. Ces nouvelles ont fait la une des journaux comme si la violence des femmes était inédite, presque insolite. Le problème réside dans la perception que la société a des femmes souvent vues, comme les innocentes victimes et très peu comme les bourreaux (d’ailleurs il n’existe pas de féminin pour le terme « bourreau »).

La violence des femmes est une réalité. Depuis la nuit des temps, la femme, même la non-combattante a joué un rôle mortifère dans les conflits. Pour comprendre les raisons d’engagement des femmes de l’EI et de l’ASL, revenons à l’expérience algérienne. Dans les années 1990, elles étaient des centaines à s’engager d’abord auprès du FIS (Front Islamique du Salut), puis auprès des groupes armés tels le GIA, l’un des premiers à former des unités composées exclusivement de femmes .

Argent, idéologie et compromission

Les femmes ont différentes motivations: parmi elles des raisons économiques car la prise en charge de l’organisation armée leur offre un bon moyen de subsistance. Celles de l’EI touchent près de 200$ par mois, qui, sous les conditions actuelles en Syrie et en Irak, est une somme substantielle . Il y a celles qui s’engagent pour des raisons idéologiques. Elles sont nombreuses à évoquer le désir de « glorifier la parole de Dieu sur terre» , ou « l’amour de Dieu et le désir d’élever la bannière de l’Islam […] » .

Les femmes s’engagent aussi par compromission: après avoir « rendu service » au groupe armé, elles se sont compromis et sont incapables pour une raison ou pour une autre de faire machine arrière. Certaines participent à la lutte armée pour redresser un tort dont elles ont été victimes. La prise des armes leur permet d’agir et de ne plus subir les agressions potentielles ou avérées telles le viol. Une combattante de katibet Banat El walid à Homs, énonce: « […] notre objectif principal est de nous protéger contre la férocité des groupes d’Assad » . Les liens familiaux mènent aussi à la participation active des femmes. Le mariage, forcé ou consenti, sert aussi à la  construction de solides alliances et rends la défection plus difficile.

Les femmes djihadistes de l’ASL et de l’EI qui effectuent pour le moment des missions de secourisme et d’assistance aux blessés – exception faite pour deux ou trois brigades déjà actives dans la lutte armée telles banat el walid   – seront appelées à jouer des rôles plus actifs. Leurs fonctions vont évoluer avec le temps selon les conjonctures et la stratégie adoptée par leurs organisations.

En Algérie, les femmes dans les maquis sont passées, d’infirmières à geôlières [responsables des sabaya (captives)] à combattantes en premières lignes. Après avoir reçu une formation pour l’utilisation d’armes à feu et pour l’apprentissage des techniques de combat, elles ont activement participé aux missions de sabotage, d’assassinat, de faux barrage et atteindront des positions clés au sein de leurs organisations. C’est par exemple le cas, de la dite Lalla Fatma ou de Djabri Kheira, djihadistes dans un groupe actif à Médéa en 1994. Ces deux femmes et leurs brigades féminines vont organiser plusieurs massacres (Magta’ Lazrag, Douar Bedarna et Douar de Nechachba) . D’autres, comme celles appelées par les survivants du massacre de Bentalha (1997) « les coupeuses d’oreille» vont participer aux massacres en spoliant les victimes de leurs or en allant jusqu’à arracher les dents et à couper des doigts et des oreilles pour récupérer les bijoux. 

Hier comme aujourd’hui, ces femmes, véritable soutien affectif mais aussi soutien dans le combat contribuent – directement ou indirectement – à une entreprise de mort car elles œuvrent à la marche sans faille du djihadisme et de l’extermination de ceux qu’elles considèrent comme « impies » et « renégats ».

Cet article a été originellement publié dans Les Echos.