Bien que les statistiques disponibles indiquent une hausse significative des prêts bancaires au secteur privé dans les pays arabes au cours de la dernière décennie, l’essentiel des prêts profite uniquement aux grandes entreprises.

Le comportement d’aversion excessive au risque des banques n’explique qu’en partie les niveaux modestes de financement dont bénéficient les PME. Au moins, trois autres facteurs doivent être pris en compte.

D’abord, les PME en raison de leur taille et de leur capacité limitée, sont plus vulnérables aux risques et résistent moins face aux chocs économiques comparativement aux grandes entreprises. De nombreuses études montrent que les probabilités de défaut de paiement et de faillite sont plus élevées parmi les PME.

Ensuite, les PME ne disposent pas, dans la plupart des cas, d’états financiers certifiés et audités sur lesquels les banques peuvent s’appuyer pour évaluer leur solidité financière et leur capacité de remboursement. De même, les PME manquent souvent de compétences pour réaliser des études de faisabilité aux normes requises.

Enfin, les banques n’ont pas d’incitations pour orienter leur financement aux PME au moment où l’Etat et les grandes entreprises continuent de recourir principalement sur le financement bancaire. Le nombre d’entreprises cotées sur le marché boursier reste très faible dans la majorité des pays arabes en raison de leur réticence à révéler leurs comptes au public mais aussi en raison de leur volonté de garder la propriété du capital exclusivement au sein du cercle familial.

Dans ce contexte, une politique de soutien efficace aux PME doit s’appuyer de façon cohérente sur plusieurs piliers. Il s’agit en même temps d’inciter les banques à se pencher davantage sur le créneau des PME, de promouvoir l’inscription à la cote des grandes entreprises, de développer le capital risque, de réformer le droit de faillite et garantir une meilleure protection aux créanciers, d’accélérer le processus de mise en place de la centrale des risques et d’accompagner les PME dans leur gestion de stocks et de délais de paiements des créances commerciales.

Une telle politique pourrait se résumer dans les sept points suivants:

Premièrement, développer la capacité des banques à évaluer les risques liés au financement des PME et apporter un soutien public sur les frais associés à l'étude de faisabilité des projets soumis. Les pays arabes peuvent s’inspirer de l’expérience de l’Union Européenne qui a mis en place des mécanismes de subventions destinées à couvrir le coût de l’assistance technique nécessaire à améliorer les procédures d’évaluation des demandes de crédit des PME.

Deuxièmement, renforcer la capacité des PME dans la gestion financière de leur capital circulant et promouvoir la transparence et la crédibilité de leurs comptes.

Troisièmement, créer la centrale des bilans sous la supervision de la banque centrale couvrant les PME et la mettre à la disposition de toutes les banques commerciales en vue de faciliter l'évaluation des demandes de crédits et la gestion des risques qui leur sont associés.

Quatrièmement, mettre en place un organisme public chargé de proposer des garanties de sur les prêts accordés aux projets innovants. Le but de cette mesure, déjà engagée par certains pays arabes, est de libérer le potentiel d’innovation et d’entrepreneuriat, en particulier chez les jeunes.

Cinquièmement, Renforcer la protection des droits des créanciers et améliorer la performance de la justice dans le traitement des litiges entre les banques et leurs clients. Les rapports de la Banque mondiale sur le climat des affaires dans le monde montrent que le niveau de protection des droits des créanciers dans les pays arabes reste inférieur par rapport aux standards internationaux.

Sixièmement, Renforcer le dispositif d’incitation des grandes entreprises à ouvrir leur capital via leur introduction en bourse afin d’éviter leur effet d’éviction sur les PME. Les campagnes de communication et de sensibilisation dirigées vers les grandes entreprises et la catégorie supérieure des moyennes entreprises doivent d’être renforcées. Les incitations financières et fiscales en faveur des celles qui s’inscrivent à la cote  doivent être envisagées.

Septièmement, développer des méthodes alternatives de financement en recourant aux sociétés de capital-risque qui s'intéressent aux projets prometteurs à haut risque ou aux projets en difficulté. A travers leur contribution, les sociétés de capital-risque fournissent l’appui financier et technique nécessaires et cèdent leurs participations lorsque les projets parviennent à générer des profits élevés.

L'accès au financement par les PME stimule la croissance économique, soutien les activités industrielles et de service, améliore la productivité en permettant l'acquisition des équipements et l’adoption des nouvelles technologies. De ce point de vue, l'Etat est appelé joue un rôle essentiel dans le rapprochement entre les besoins de financement colossaux exprimés par les PME et les crédits limités mis à leur disposition par les banques.

Cet article a été originellement publié dans Les Echos.